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A l’approche des élections municipales de mars 2014, il m’a semblé judicieux de relire Le Prince de Nicolas Machiavel.

Toujours au service de mes contemporains lorsqu’il s’agit de diffuser et commenter la pensée des bons auteurs, j’ai pris beaucoup de plaisir à animer ma lecture en collectant au passage mes phrases favorites, de façon à réaliser une sorte de florilège machiavélien (et non machiavélique !).

Tout le monde remarquera qu’à l’exception d'une brève note, aucun commentaire de mon cru n’émaille cette liste de recommandations. A cela, deux raisons fort simples : je n’ai pas tellement envie de dévoiler totalement mes idées (pas fou, non ?) et, surtout, on peut se demander à qui cela serait vraiment utile, puisqu’en effet le maître nous enseigne qu’il vaut mieux forger nos propres arguments : « Les armes d’autrui, ou elles te tombent du dos, ou elles te pèsent, ou elles te serrent. »

Bien entendu, suivant cette logique, on peut tout à fait penser qu’il en va de même pour tout ce florilège, fruit de mon choix et ne convenant qu’à mon usage et ma réflexion. A cela, la réponse est toute trouvée : au travail, les amis !

Si, par cette petite collection de pépites de bon sens, je peux vous donner envie de lire ou relire Machiavel, j’aurai atteint mon véritable but.

Et n’hésitez pas à me communiquer votre propre choix de phrases !

 

« Les hommes se doivent ou cajoler ou détruire. »

 

 « Dès qu’un étranger puissant entre dans un pays, tous ceux qui y sont les moins puissants se rallient à lui. »

 

« Ce que tous les princes sages doivent faire : pas seulement considérer les désordres du présent, mais ceux du futur. »

 

« On ne doit jamais laisser se produire un désordre pour éviter une guerre, car on ne l’évite pas, mais on la diffère à son désavantage. »

 

« Celui qui est cause qu’un autre devienne puissant va à la ruine. »

 

« Qui devient maître d’une citée accoutumée à vivre libre et ne la détruit pas, qu’il s’attende à être détruit par elle. »

 

« Tous les prophètes armés triomphèrent, et les autres s’effondrèrent. »

 

« La nature des peuples est changeante ; et il est aisé de leur persuader une chose, mais difficile de les tenir fermes en cette persuasion. »

 

« Qui croit que chez les grands personnages les bienfaits nouveaux fassent oublier les vieilles injures, il s’abuse. »

 

« En prenant un pays, celui qui s’en empare doit penser à toutes les vexations qu’il lui est nécessaire de faire. »

 

« Je dis que les grands se doivent considérer de deux façons principales : ou ils se gouvernent en sorte, par leur manière de faire, qu’ils se lient entièrement à ta fortune, ou non. Ceux qui se lient ainsi, s’ils ne sont pas rapaces, se doivent honorer et aimer. Ceux qui ne se lient pas, il faut les examiner de deux façons : ou bien ils agissent ainsi par pusillanimité et défaut naturel de courage ; alors tu dois te servir de ceux-là surtout qui sont de bon conseil, car dans la prospérité ils te font honneur et tu n’as, dans l’adversité, rien à en craindre. Mais quand ils ne se lient pas par calcul et par raison d’ambition, c’est signe qu’ils pensent plus à eux qu’à toi ; et de ceux-là le prince doit se garder et les craindre comme s’ils fussent ennemis découverts, car toujours, dans l’adversité, ils aideront à le ruiner. »

 

« Des hommes, en effet, on peut dire généralement ceci : qu’ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, ennemis du danger, avides de gain. »

 

« Les amitiés qui s’acquièrent à prix d’argent, et non par grandeur et noblesse d’âme, on les paye, mais on ne les possède pas. »

 

« Les hommes oublient plus vite la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. »

 

« Un souverain prudent ne peut ni ne doit observer sa foi quand une telle observance se tournerait contre lui. »

 

« Un prince, et surtout un prince nouveau, ne peut observer toutes les choses pour lesquelles les hommes sont tenus pour bons. »

 

« Ne pas s’écarter du bien, si l’on peut, mais savoir entrer dans le mal, s’il le faut. »

 

« La haine s’acquiert aussi bien par le moyen des bonnes œuvres que des mauvaises. »

 

« Quand on a l’occasion de quelqu’un qui accomplit quelque chose d’extraordinaire, soit en bien, soit en mal, dans la vie civile, prendre un moyen, pour le récompenser ou le punir, duquel on doive parler beaucoup. »

 

« Et toujours il arrivera que celui qui n’est pas ami sollicitera ta neutralité, et que celui qui t’est ami te requerra de te découvrir par les armes. »

 

« Un prince doit prendre garde de ne jamais faire compagnie avec un plus puissant que lui pour attaquer autrui. »

 

« La première conjecture qu’on fait du cerveau d’un maître est de voir les hommes qu’il a autour de lui. »

 

Et voilà ! Espérant que cette brève lecture vous sera profitable, qui que vous soyez, je profite de la dernière citation pour vous donner un petit commentaire, autour de la question : faut-il, étant prince (ou général, ou maire, ou ce que vous voulez…), avoir pour second un incapable ou quelqu’un de compétent ?

On peut penser que l’incapable présente l’avantage qu’il ne nous fera jamais d’ombre, au contraire d’un second qui aurait autant de compétences que nous.

Toutefois, avec l’incapable, on s’expose à être trahi. Car s’il désire un jour prendre du galon, il sera conscient d’être dépourvu de moyens pour nous attaquer de face et, sa frustration attisée par l’envie, fomentera un complot ou pactisera avec l’ennemi.

D’un autre côté, si notre second est un être de grande valeur, on vit dans la crainte perpétuelle qu’il se dresse contre nous et remporte la victoire. A n’importe quel moment, il peut prétendre nous supplanter.

A cela, nous répondons qu’un second de valeur reste préférable, car il sera moins soumis à la tentation de trahir que le second falot.

Il faut seulement veiller, si l’on peut, à prendre à ses côtés un second brillant, mais surtout dépourvu d’ambition. C’est-à-dire quelqu’un qui possède bel et bien les qualités pour régner aussi bien que nous, et sur qui l’on peut s’appuyer en cas de besoin, mais qui est dépourvu de ce trait de caractère bien spécifique qui pousse à la conquête et fait les chefs.

Bien entendu, rien ne nous garantit absolument contre le fait que le second, avec le temps, se découvre une ambition imprévue. Il faudrait alors pouvoir, pour remédier à cela, en changer de temps en temps… Sans oublier de couper les ailes au second qui se fait remplacer, en lui trouvant un placard qui le rende inoffensif.

En effet, un second, en restant longtemps en place à nos côtés, se ferait de vrais ou faux amis qui risqueraient de le pousser à prendre notre place – ne serait-ce que pour servir leurs propres ambitions.

Bref, pour faire bonne mesure, à peine un second choisi et installé, il faudrait déjà penser à sa succession.

 

Excellentes fêtes de fin d'année à toutes et tous... Merci de suivre ce blog !